Lisez E. Fottorino; il n’écrit pas pour écrire mais pour dénoncer, dévoiler, montrer, raconter le monde, et, à travers sa vie, la vie; il ne laisse jamais indifférent ; il a glané de petits (le Fémina 2007 mis à part) et peu prestigieux prix ; il n’en a sûrement pas cure. Cœur d’Afrique (Stock, 1997, Folio : 5365) nous met sur les traces d’un jeune journaliste lui-même lancé dans une aventure dont il perçoit à peine les enjeux, armé de son seul instinct et animé par la seule volonté de découvrir et dire la vérité, celle des faits vécus et des émotions éprouvées et partagées : Que cherche la France au (fictif) Bangara ? Qu’y cherche-t-elle à gagner et à cacher ? Il aboutit à la seule question qui vaille : la France est-elle aveuglée par sa cupidité au point de sacrifier des milliers de vies humaines, de décimer des populations entières pour assurer ses intérêts en s’appuyant sur des pouvoirs locaux tristement et comme congénitalement corrompus ? La présence de l’homme blanc en ces lieux lointains et encore préservés est-elle de quelque manière justifiée ? « L’Afrique est un continent formidable à condition de n’y jamais atterrir » ; ce qu’on contribuera à y apporter ne vaudra jamais, en effet, ce qu’on ne manquera pas d’y faire oublier…
L’Afrique mettra-t-elle encore combien de temps pour comprendre que, pour VIVRE libre et souveraine, elle doit vaincre un virus mortel : l’Homme blanc…que le drame de l’Afrique sans être une fatalité s’ancre profondément –et presque depuis toujours et d’abord en terre africaine–du fait de prédations coloniales… que, par ailleurs, le sous-développement, la pauvreté, les pandémies, les guerres intestines, les coups de force ne sont pas un Destin africain mais l’œuvre des Africains eux-mêmes incarnés par des gradés de pacotille et des élites “acquises”, classe des corrompus, des vendus, des traitres, malades de pouvoir.
La France s’obstinera -t- elle (et jusqu’à quand ?) à jouer ce rôle funeste d’un proxénète qui n’entretient, ne protège ses catins que pour s’assurer la mise ? La question est aujourd’hui caduque : La France qui s’est longtemps, si longtemps appliquée à exploiter les ressources de certains pays africains, à maintenir au pouvoir ou l’on en éloigner pour assurer ses intérêts des présidents fantoches élus à l’asymptote, quitte à appauvrir des populations entières…la France a fait à la hâte ses balluchons, ramassé ses pénates, vidé les lieux et, à coup de litotes et d’euphémismes, tenté d’ atténuer les effets des éclats d’une bombe qui lui a explosé à la gueule. Aujourd’hui, l’Afrique, du Sénégal au Tchad en passant par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, a dit ses quatre vérités, ouvre ses portes à de nouveaux partenaires Russes, Chinois mais aussi de plus en plus Américains même si les excès de langage et les dérives de jugement d’un Trump peuvent compromettre certains intérêts de son pays. Au petit Jupiter qui a terni l’image de la France, au mauvais prestidigitateur politique, il ne reste plus qu’à méditer l’histoire
Macron ne lit pas hélas ! E. Fottorino; il est resté esclave de ses classiques, un peu aussi, sans doute, prisonnier des choix de lecture de sa très ancienne professeure. Les Hommes d’Etat n’ont pas le temps de lire les romans mais raffolent de citations dont ils s’appliquent à fleurir leurs discours; ils ignorent qu’écrire est, sans doute, plus gratifiant, plus noble, plus édifiant, plus éreintant aussi que les jeux de la politique qui n’est grande que quand elle sert vraiment les intérêts de ceux qui travaillent, qui réfléchissent, qui écrivent.
L’écrivain public









