Les collèges et lycées français (Métonymie Oblige ! Je veux dire les premiers responsables, les proviseurs, les principaux, les CPE aux aguets dans les tranchées et les hommes de troupe, de la première ligne, les pauvres enseignants) sont de plus en plus souvent aux prises avec l’abaya, un vêtement particulièrement couvrant qui gagne, conquiert chaque jour du terrain en milieu scolaire français, sa vocation première étant précisément de couvrir aussi largement, aussi amplement que possible le corps des filles et sa fonction évidente mais non déclarée d’emblée ou parfois clairement énoncée et affirmée étant, partant, de dissimuler leurs formes, les galbes des jambes et les hanches… et d’amortir les mouvements des croupes.
L’abaya rappellerait d’abord le voile et s’inscrirait dans la même ligne idéologique religieuse, islamique, obéirait au même crédo : Rien du corps de la femelle musulmane, d’un certain âge ou même d’un âge certain, respectable ne doit être montré, exposé ; Dieu a crée la femme et l’a dotée de charmes naturellement maléfiques, intrinsèquement diaboliques, d’atouts physiques irrésistibles qui sèment fatalement le trouble parmi les jeunes et moins jeunes mâles en rut, malgré l’injonction impérative qui leur est faite de toujours baisser les yeux en présence des femmes. « Les femmes, précise le texte coranique, sont tenues de couvrir leurs corps et, interprétation commune à l’appui, de cacher tout ce qui peut trahir leur beauté sauf ce qui peut, malgré elles, en paraître », autrement dit et compris, le visage et les mains ou plus radicalement les yeux, les premiers pouvant toujours être dissimulés derrière respectivement un niqab et des gants, de préférence noirs ou de couleur terne.
Comment peut-on soutenir le contraire d’un tel regard sur un autre discriminant matériel à caractère explicitement ou sournoisement religieux islamique : l’abaya après le voile ou l’abaya au secours du voile ?

Il faut vouloir faire preuve d’une insupportable outrecuidance, avoir l’audace de pisser, le dos tourné, sur les troncs d’arbres et les fleurs des voisins pour marquer son territoire ou, à rebours, simplement, s’évertuer à se contorsionner à plaire et complaire, à se distinguer et se démarquer : Le CSCM (le Conseil Supérieur du Culte Musulman) a tort de ne reconnaître aucun rapport de l’abaya au regard, à la perception qu’a l’Islam du corps de la femme (« Aucune connotation religieuse », soutient-il) ; LFI (La France Insoumise) qui crie à l’islamophobie a tort de prendre l’abaya pour un fait de mode ou une réaction d’humeur passagère, pour l’expression d’une liberté. Des voix Insoumises dénoncent ceux qui veulent provoquer une énième polémique autour de l’Islam, créer la diversion à l’heure où (alors que) l’école se débat dans des difficultés autrement réelles et objectivement prioritaires. Le gardien de la chapelle, Sir Mélenchon (qui ne peut pas toujours avoir raison) a, lui, ce mot qui laisse à la fois pantois et perplexe; il soutient que l’abaya est née sous un climat chaud par les populations du désert pour foncièrement contrecarrer les températures élevées; il n’a donc rien de musulman et ne peut être rattachée d’aucune manière, ni étroite ni lâche, de près ou de loin aux moeurs religieuses des disciples de Mahomet. Il renchérit en avançant qu’après tout, les filles ont le droit de s’habiller comme elles l’entendent, « pour des raisons qui leur appartiennent ». « Islamo-gauchiste ! », hurleront les ténors des Droites, Rassembleurs Nationaux, le vent en poupe, re- Conquistadores Zemmouris ‘’en berne’’ et les Républicains Ciottistes en cavale

Il suffit d’observer aux alentours des collèges et lycées le nombre croissant des filles ainsi accoutrées, traînant leurs abayas pour s’interroger sur cette résurgence/émergence puis explosion d’un vêtement venu de loin, du pays du Levant, berceau de l’Islam, tenue traditionnelle, encore exigée pour les femmes dans les pays musulmans connus pour leur fondamentalisme, leur attachement à un Islam rigoriste de diverses manières politique-radical (comme l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan…). On risque bien de servir les Droites qui fourbissent leurs armes politiques, affûtent leurs machettes de rues, en voulant ainsi ‘’fermer les yeux’’ sur cette manifestation identitaire communautaire, religieuse, prélude, présumerait-on, d’« un remplacement » rampant, ondoyant, sournois ; comment réagirait-on demain si des groupes compacts de ‘’gnous ‘’ bousculent quelques frêles bovidés de type gazelles aux portails des collèges et lycées français ? Accepterait-on de voir dans quelque temps se confirmer des tendances vestimentaires d’inspiration religieuse à peine aujourd’hui dessinées, voir nos regards se perdre au bigarré, bariolé, au diversement attifé des cours de récréation, de se surprendre à négocier la validité, l’intérêt voire les fondements scientifiques et philosophiques de certains enseignements ? Alors si ce n’est pas communautaire, point islamique, combien de Catherine, Cécile, Aimée s’enterrent dans leur abaya pour aller à l’école? Aucune. Comptons alors, comptons les filles de Mahomet, combien de Fatima, Zaïna, Khadija…, victimes d’un prosélytisme ambiant, de parents embrigadés par des Imams ‘’pignon sur rue’’, proies faciles de la prédation d’hommes formés à la propagande victimisante, anti-immigrée et anti-musulmane…combien aurait l’école française à gérer de ces représentantes moins candides qu’innocentes d’une religion exogène aux ambitions politiques.
Les politiques sont têtu(e)s, les faits aussi. : « La France doit déterrer et brûler la graine de l’islamisme avant qu’il ne soit trop tard ». Ainsi se trouve résumée dans cette formule, la position des Droites françaises. On peut ne pas s’y souscrire mais on ne peut s’empêcher de s’y arrêter le temps d’une réflexion pour partir de l’idée fondatrice de tout débat qui récuse toute confusion entre l’Islam et l’islamisme ; le premier est une religion révélée, celle de millions de musulmans pacifiques à travers le monde, le second est un projet politique, celui d’une minorité agissante qui sème la terreur au nom du Jihad, d’un idéal exclusif, d’une « pureté transcendante » : Rien n’est plus dangereux que de s’engager par l’imaginaire dans quelque chose qui n’existe pas, qui n’existera jamais.
NB (i). Après s’être refusé de considérer l’abaya comme un habit fondé sur (ou au moins inspiré par) une vision du corps de la femme en Islam, la gente musulmane ‘’engagée’’ se dévoile et crie à l’injustice et à la coercition. L’association Action Droits des Musulmans (ADM) a même déposé un référé contre l’interdiction de l’abaya et du qamis dans l’enceinte des établissements scolaires de l’l’Hexagone. Référé rejeté par le Conseil d’Etat qui consacre et légitime (s’il en faut) ainsi la circulaire du Ministre de l’Education du 31 Août dernier (2023) ; il est, en effet, clair que le déploiement de plus en plus visible et uniforme de l’abaya s’inscrit dans une logique d’affirmation au moins identitaire, sinon ostensiblement religieuse. Or, la loi (2004) interdit bien le port par les élèves de signes ou tenues à caractère religieux apparent, établi, de tout ce qui ostensiblement renvoie à une appartenance religieuse. Il est ainsi aberrant et inacceptable de voir des dizaines de collégiennes et lycéennes se débarrasser d’un geste de leurs voiles aux portails de leurs écoles sous le regard vigilant des personnels d’accueil alors qu’elles sont enveloppées, ensevelies comme leurs mères et grand- mères des marchés hebdomadaires, attifées comme le sont les femmes dans les rues de certains pays musulmans. Situation d’autant plus aberrante et contradictoire qu’elles reconnaissent, elles- mêmes, porter l’abaya pour être ou rester conformes à leur religion qui appelle les musulmanes à se plier aux règles de la pudeur et à se couvrir aussi amplement que possible pour « cacher leurs formes ». Mais où commencent et ou s’arrêtent les entorses ou les écarts à la pudeur ? Et la laïcité s’ouvrirait –elle à cette large et tendancieuse interprétation qui veut que « chacun pratique sa religion comme il l’entend » ; doit-on comprendre « en toute liberté » et entendre sans ces limites qu’impose la soumission aux lois de la Cité, les seules garantes d’une vie commune et du vivre ensemble ?? Revendiquer l’abaya aujourd’hui c’est hypothéquer l’avenir, c’est admettre que le communautarisme s’installe partout, déployant cultures, rites et traditions sous toutes leurs formes : Demain, toutes choses étant liées, le concert des muezzins emplirait les cieux de la France tôt les matins bien avant que les cloches des églises ne se feraient timidement entendre. Demain, un peu partout, dans les villes françaises, des rues entières et des avenues seront chaque Vendredi colonisées par des centaines de musulmans le temps d’une prière.

L’abaya n’est ni un effet de « mode pudique » (modest fashion), ni un objet de polémique, c’est un vrai problème politique qui réinterroge la laïcité dans ce qu’elle a de fondamental, ce n’est pas un arbre qui cache la forêt mais un arbre qui conduit de la lisière aux profondeurs de la forêt. Ecoutez les imams et sondez leurs arguments en faveur de l’abaya : Les musulmans de France sont encore une fois ou une fois de plus visés par une polémique qui ne les concerne pas. Rien dans le Coran, rien dans les Hadits ne permet d’évoquer l’abaya telle que décrite aujourd’hui. Musulmans de France ! Résistez par tous les moyens légaux à toutes les agressions qui visent à vous « domestiquer », « civiliser » sous couvert de modernité et d’appels au progrès, à vous détourner de votre glorieuse religion.
Si l’abaya n’est pas politique, le niqab ne l’est pas non plus. Pourtant, à partir du 30/09/2023, cet habit, conçu comme une véritable bâche pour préserver du regard des hommes le corps des femmes et improprement dénommé ‘’voile intégral’’ sera interdit dans les établissements scolaires égyptiens, là où il a toujours été la marque même d’une tendance islamique radicale essentiellement représentée par les Frères Musulmans.
NB (ii). Si l’abaya n’est pas un signe distinctif, discriminant identitaire-religieux, qu’elle n’est qu’un ‘’signifiant ‘’ sans ‘’signifié’’, pourquoi devient-elle un enjeu aussi important, secoue-t-elle et mobilise-t-elle les établissements scolaires de Lille à Ajaccio, suscite-t-elle des oppositions aussi acharnées que violentes ? Est-il pensable, admissible qu’un jour, les enseignants français seraient acculés, réduits à avoir peur d’exercer leur métier, peur de ces élèves issu(e)s de l’immigration qui contestent leur enseignement et refusent leur autorité, réfractaires aux principes d’une laïcité républicaine partagée, fermé(e)s au débat, sourd(e)s aux exigences de l’esprit critique. Qui aurait pensé qu’un jour, on assassinera d’atroce manière des enseignants français de la main de bourreaux bien identifiés pour des raisons toujours les mêmes, explicitement religieuses ? Aujourd’hui, la peur s’est installée dans leurs rangs ; les menaces se multiplient, se diversifient, s’étendent aux chefs d’établissement, aux proviseurs : Après celui d’un établissement de Clermont Ferrand (Sept. 2023), c’est celui du lycée Maurice Ravel (Paris) qui a été tout récemment, directement visé. As-t-il décidé de partir prématurément (de quitter de façon anticipée), « avant que l’eau ne coule sous son fauteuil », autrement dit, de démissionner avant que les menaces qui pèsent sur lui ne soient exécutées ou a -t- il été poussé vers la sortie et fait ses cartons, contraint et forcé ? Le souriceau Attal vous dira ce qui gîte au gîte, éclairé par son homme de main, son Darmanin de ministre. Résultat de la manoeuvre (comme disent les militaires) : The headmaster is out and the virus is in. Don’t leave the wave float the boat off (Mot d’ordre ou accord tacite : « Pas de vague ou laissons passer la vague »)
L’écrivain public B.
⃰ Chez nous, l’école a d’autres ‘’méchants’’ chats à ne pas caresser… L’école a repris cahin-caha mais de sérieux problèmes persistent. Quand l’oiseau a du plomb dans l’aile et que le chasseur n’en a pas dans la tête, alors, on s’en remet au temps qui, dit-on, fait toujours son oeuvre…Quant à nos futurs médecins, eux, ils continuent, dit-on, à « ruer dans les brancards » et les politiques à mater les soudards. La jeunesse a sur la sagesse l’avantage de voir devant ; on a, peut-être, intérêt à l’écouter.
NB. A découvrir sur la question les essais de Jean- Pierre Obin :
1. Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école. Hermann, 2020.
2. Les professeurs ont peur. L’Observatoire, 2023.











