Dans une récente chronique parue ici-même le 24/3/2025, Bihi s’était interrogé sur l’organisation par les militants amazighes marocains de deux manifestations, l’une à Rabat et l’autre à Marrakech : Il était pourtant bien question de commémorer un même épisode saillant de la lutte des Imazighen algériens kabyles, célébré chaque année, le 20/4/1980 sous la dénomination de printemps amazighe (Tafsut n Imazighen).
Les promoteurs ou organisateurs de ces évènements se défendaient de vouloir marquer à l’occasion par la géographie et des initiatives pourtant séparées quelque divergence de vue ou contradiction.
Mais, Bihi n’étant pas né de la dernière pluie ne pouvait faire « le souriceau tout jeune et qui n’a rien vu » ; voici ce qu’il écrivait alors : « Pour les observateurs avertis, à Rabat, où au printemps de cette année a été associé le nom de Mohamed Chafik [….], c’est une certaine ligne politique qui s’exprime, c’est une stratégie militante bien connue qui triomphe; à Marrakech, une autre tendance semble s’affermir et s’installer, celle qui n’exclut pas du débat amazighe la possibilité de la création d’un parti politique indépendant d’obédience amazighe » et regroupe parmi les associatifs amazighes ceux qui , tout en militant pour la promotion de la culture et de la langue amazighes, n’oublient pas les conditions socio-économiques des communautés humaines rurales et urbaines qui les portent et perpétuent : La Culture c’est l’homme et l’Homme c’est la culture.
Bihi n’a pas tort, ‘’il a vu juste’’ : « Sous le tajine, il y a les braises qui couvent», dit toujours un proverbe de chez nous.

En effet, une polémique particulièrement édifiante a opposé récemment les promoteurs des deux manifestations : Rabat attaque Marrakech et Marrakech se défend. Moheyddine Hajjaj, le coordinateur-président de l’Association Front d’Action Amazighe (FrAcAm) accuse les promoteurs de la manifestation organisée à Marrakech d’avoir cherché à « politiser » le printemps amazighe, à lui donner un sens, un contenu dépassant les limites imposées aux revendications linguistiques et culturelles amazighes, en l’inscrivant dans une dimension politique plus large ; il leur reproche d’empiéter sur le domaine politique institutionnel en appelant à un débat national sur les progrès, les reculs , les échecs, les perspectives d’avenir d’une promotion tant promise et tant différée, réfrénée ou bloquée de l’amazighité au Maroc. Il n’est pas du ressort, soutient-il, d’un comité d’organisation ad hoc d’avancer une telle proposition, invoquant le principe du respect des Institutions : La démocratie participative ne peut, ne doit prétendre se substituer à la démocratie représentative ; de plus, ajoute-il, un débat national sur la question envisagée est inopportun.
De telles attaques fondées sur de tels arguments ne surprendront que celui ou celle qui ne situe pas ou situe mal leur auteur, celui ou celle qui ignore les rapports plus qu’étroits qu’entretiennent le FrAcAm et le RNI, le parti de Amghar Si Aziz. Le contrat politique est franc et ne suscite pas de doute. Institutionnaliste pour une part et loyaliste pour l’autre, le FrAcAm ne peut que suivre les chemins de ronde balisés, n’en déplaise à…
Moins compréhensive et peu claire, est, en revanche, la position de Youssef Ichou, le représentant du comité d’organisation à l’origine de la manifestation de Marrakech. Comme un accusé cloué à la barre, il donne l’impression d’un homme sur le défensive, qui s’évertue à se défendre, à récuser les ‘’dépassements’’ qu’on lui impute, proches de certaines outrances, à refuser l’outrecuidance dont on veut l’accabler : La manifestation de Marrakech est libre, se défend-t-il, de tout engagement ou affiliation politique; elle est le fait d’associations amazighes indépendantes; son orientation comme ses mots d’ordre sont le fruit d’un consensus librement et démocratiquement établi par ses promoteurs. Au fait, que l’on rappelle aux responsables politiques leurs engagements et promesses qui devaient profiter aux sinistrés du séisme du 08/9/23, sinistrés amazighes du Haouz et Haut-Atlas, n’a rien d’une ‘’hérésie’’ politique ou d’une provocation déplacée. Si le printemps amazighe de cette année ne devait se démarquer de tous les autres que par une prise de position et une seule revendication, ce serait d’appeler à leurs responsabilités les divers pouvoirs chargés de gérer les effets d’une catastrophe nationale qui a affecté durement toute une région amazighe.
A propos de l’initiative d’un débat national sur la situation de l’amazighité au Royaume, il précise, par ailleurs, avec Abdelouahid Drouich, un autre associatif de marque que l’idée existe bien et s’impose de plus en plus avec force dans les milieux associatifs en vertu de la dynamique qui les anime.
La partie civile et la défense peuvent s’embrasser en attendant d’autres procès : Les accusations étaient dues à de regrettables interprétations ; les pendules sont remises à l’heure ; on peut souffler !
Et les Imazighen associatifs de s’obstiner à vouloir se regrouper autour d’un projet commun…qui ne pourrait se constituer, prendre forme et avancer que dans un cadre politique, institutionnel capable de résister, combattre, confondre, faire plier et vaincre les détracteurs, les adversaires déclarés et déguisés de la Cause amazighe. Au rythme où nous allons, nous n’irons pas loin, a-t-on confié à Bihi, encore récemment, et ceux qui prônent la patience aujourd’hui appelleront à la résilience demain puis plus tard à la soumission…. Tant pis donc pour les nostalgiques, les aigris, les impuissants longtemps sur la brèche, les rescapés des barricades invisibles.
L’écrivain public.









