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L’amazighe ? Il se porte bien, merci

طاقم ALLNEWS18 يناير 2024
L’amazighe ? Il se porte bien, merci

 Non, hélas ! l’amazighe (Entendons la Langue amazighe) ne se porte pas vraiment bien ; les conditions de son maintien sur un autre long cycle ont beaucoup évolué…à ses dépens et celles générales de sa revalorisation et promotion ne sont guère favorables; il continue même de porter encore plus ostensiblement les profonds stigmates de siècles d’hégémonie, de domination, d’exclusion et demeure à bien des égards une langue minorée, au niveau sociolinguistique ie des pratiques linguistiques comme des représentations idéologiquespolitiques. Il demeure essentiellement une langue ‘’ustensilaire’’, ‘’véhiculaire d’en bas’’, une Langue en souffrance sur le marché linguistique national, la Langue d’une culture si riche et si pauvre, pauvre par ses moyens et riche pas ses potentialités passées et présentes, une Langue qui risque de jouer encore pour longtemps le rôle d’un enjeu politique, d’un symbole identitaire fort.

 L’amazighe ne se fraie que péniblement son petit bonhomme de chemin sur ces terres (politiques) qu’il connaît mal en dépit de sa mise en service (politique), de la propagande orchestrée par l’Etat et ses divers appareils et, sûrement aussi, en grande partie, à cause des infidélités des siens et parfois des plus en vue, d’une élite campée sur ses positions. Pour une hypotypose éclairante, il rappelle bien cet âne de Dadda Bihi qui par un sentier pierreux peine à avancer, avance sans jamais lever la tête, les sabots en feu : Le mausolée de Lalla Mammas 3li de Talmst est encore bien loin…et la pente est naturellement raide, nous sommes en montagne du côté des Aït Souab; même là l’amazighe n’est pas à l’abri.

 L’amazighe se porte-il bien ? Il suffit de sérier, d’observer les faits, de se donner les moyens intellectuels et scientifiques de les analyser, assurer ses arrières politiques pour dire, écrire la vérité, prendre librement le parti de coopérer pour comprendre et « agir de l’intérieur » ou de se démarquer pour dénoncer et s’opposer. En tout cas, si servir la vérité se révèle dangereux ou hasardeux même si dans les limites restreintes des possibilités du moment politique, il faut alors ne jamais admettre, quelle que soit la circonstance, de servir le mensonge.

 Les faits sont bien connus, on peut sans les citer ou, au plus, les expliciter, on peut les arrêter à quelques dates qui ont jalonné la marche de l’amazighe vers ‘’la lumière’’, c’est-àdire, vers une reconnaissance programmée : 1994, 2001, 2003, 2011, 2019, 2021, 2023 ; ces faits ont en commun de couler de la même source, de reposer pour l’essentiel et foncièrement sur la volonté d’un souverain convaincu de réparer une injustice en appelant à la reconnaissance et à la promotion d’une langue patrimoniale-nationale, à vocation de s’instituer officielle.

 Une rétrospective objective des faits qui ont accompagné les décisions et discours officiels n’autorise ainsi qu’indulgemment les termes bien orientés de l’éditorial de l’Amadal Amazighe de Amina Al haj Hmad Ougdourt Ibnou cheikh (n° 275, Déc. 2023) : « Un ère nouvelle » s’ouvre devant la Langue et la culture amazighe, souligne-t-il/elle, et les progrès à ce jour réalisés dans les domaines consacrés à leur promotion annoncent un avenir de plus en plus promoteur en dépit des détracteurs de tout bord et tout horizon.

 Un lecteur averti, quelque peu informé, réfractaire à la candeur générale ne peut s’infliger les marques d’une telle euphorie ; il ne peut, de surcroît, qu’ être menacé de se trouver un tantinet ou franchement gêné par ce parallèle sur lequel est bâti tout l’éditorial : Il y a nous et il y a les autres , tous les autres; nous, « la Référence », « le Modèle à suivre » et les autres, d’abord les mitoyens algériens puis les plus lointains voisins Tunisiens et Libyens…Il faut raison garder… et comparaison n’est pas raison…ne donne pas raison.

 S’il est vrai que la rationalité a besoin de se mesurer à une altérité, il ne faut pas se crisper à penser délibérément « contre » mais à envisager de penser aussi « avec » ; quand la critique se crispe en défiance généralisée, les faits et les vérités qui en découlent s’abaissent au même niveau que les préjugés. Quand les situations nationales sont différentes, sont différentes aussi les réactions et les solutions des pouvoirs institués aux prises avec les mêmes questions. Prenons garde de soutenir le gouvernement en exil de Mhenni, ne suivons pas sur cette voie notre ami Mustapha S ( Lire sa chronique in le journal 360).

 En tout cas, n’exorcisons pas les démons, l’Internationale amazighe reste à ce jour une fiction. Il faut, sans doute, travailler d’abord à lancer et relancer notre machine politique en déjouant et dénonçant les contraintes et inerties dont elle cherche à se draper. Pour exprimer les choses autrement, exhumons cet adage Aït Souab qui dit « ar tzrru Ijjou i tarwa n waddjarn t-ttu wins » (‘’Ijjou épouille les enfants des voisins et oublie les siens’’).

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