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Il n’y a pas que des Imams égarés en France : Histoire d’un professeur noir, Burkinabé- français.

طاقم ALLNEWS24 فبراير 2024
Il n’y a pas que des Imams égarés en France : Histoire d’un professeur noir, Burkinabé- français.

« Hé toi, là -bas, le black, attends un peu…tes papiers, s’il te plaît, et ouvre ce sac »

Surpris, le black ne comprend pas d’abord puis réagit et fait volte- face pour empêcher le policier qui d’un geste violent tire sans ménagement sur l’une des  bretelles de son sac à dos.

« Mais, attendez, cria –t-il, ne me touchez pas et puis d’abord qui vous donne le droit de m’appeler comme ça, black ?…C’est du racisme à l’état brut, à tête de totem en bronze ».

Un des policiers se tourne vers son collègue : « Il a eu le temps d’apprendre à bien parler français le black, n’est-ce- pas  et sans accent noir, en plus, le bougnoul?!!»;  puis sur un ton faussement calme dit au black : « Pourquoi ? Tu n’es pas black ? Tu te défends d’être black ? C’est ce que tu es pourtant à cent kms à la ronde et un peu plus loin et même dans un couloir mal éclairé du métro ; black ou noir c’est noir ou black, c’est kiff kiff, du pareil au même ».

« Assez parler !! », crie l’un des flics et ils se mettent à deux pour plaquer  le black contre le mur, lui arrachent son sac à dos auquel il s’agrippe en hurlant et appelant au secours. Deux passants s’arrêtent le temps de constater que l’interpellé qui se débat et hurle est un noir puis continuent leur chemin. « Il ne faut pas te mêler de ce qui ne te regarde pas », lance l’un et l’autre enchaîne : « Heureusement que la police est là  et la police ne fait jamais que son travail ».

Le black échoua au commissariat du quartier, tout débraillé, la cravate défaite, la chemise déboutonnée, la colère tombée mais la tête en ébullition et  avec ce sentiment d’être réduit à rien. Une serpillière en fin d’usage, quoi !! Plutôt un pauvre chien errant, de surcroît, noir !!

Il ne sait pas pourquoi lui revint à la mémoire soudain comme un éclair cet 11ième quatrain du célèbre poème de Baudelaire, Le Cygne, appris autrefois là-bas en Afrique, sous l’impulsion de son instituteur français, M. Béchet :

                       Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique,

                       Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard,

                       Les cocotiers absents de la superbe Afrique

                       Derrière la muraille immense du brouillard.

Mais il sait pourquoi il pense à Ouagadougou où tout le monde est noir, où il  était un noir parmi les noirs ; pourquoi m’a –t- on arraché, pense –t- il, à mon baobab, déraciné de là- bas, transplanté ici pour faire de moi un noir de service parmi tant de blancs, un coquelicot fripé dans un champ de pâquerettes en fête, une sale verrue, une mauvaise herbe, un impossible caméléon.

Au commissariat, le black, accusé de rébellion eut enfin l’occasion de décliner son identité : «  Je m’appelle Demba Diouf, franco-Burkinabé ; de mon état, professeur de Mathématiques au lycée Albert Camus (Un autre africain français mais blanc celui- là); il put enfin sortir sa carte d’identité, montrer sa carte professionnelle.

Le commissaire ainsi renseigné chercha une parade et lui reprocha de s’être rebellé ; un homme respectable comme lui, un homme de sa valeur devait savoir composer avec les forces de l’ordre surtout en ces moments difficiles. Alors, le black s’aventura à expliquer : « Vos hommes sont racistes, mon commissaire ; pour m’interpeler, ils n’ont pas hésité à me réduire à ma couleur, ils m’ont manqué de respect, ils se sont comportés comme des goujats  et je n’ai pas peur de vous le dire haut et fort, vos hommes sont de vrais goujats et j’assume ; ils m’ont confisqué mon sac qui contient des documents officiels, des copies d’élèves de Terminale et les procès-verbaux des derniers conseils de classe que je garde en ma qualité de Professeur Principal ». Le commissaire réclama aussitôt le sac, le restitua au professeur qui d’un geste en extrait une pile de copies à corriger qu’il lui tendit. La première portait le nom de Podeur Alain ; le commissaire réfléchit un moment et se rappelant  qu’il y a bien un certain Podeur dans ses services, ordonna de l’appeler.

Le brigadier Podeur confirma que le professeur de Maths de son fils Alain,  élève de Terminale ES  au lycée A. Camus est bien, précisa -t-il, africain… « Non !!  hurla Demba Diouf, le professeur de Maths de votre  fils Alain  au lycée A. Camus est un black, un noir, quoi !!  Je  soussigné, moi, Demba Diouf, suis naturellement black avant d’être socialement Monsieur le prof. Diouf; c’est ainsi que votre police, la police de la République pense et c’est dans ce sens qu’elle agit ; alors comment voulez-vous que ces hommes dits de l’ordre, ces hommes qui font la loi en ce cher pays des LIBERTE, EGALITITE,  et FRATERNITE, ces hommes qui, pour la plupart, ont raté leur école à cause des mathématiques… n’exècrent pas les noirs, ne maltraitent pas un black qui, pour eux, ne peut être ni ingénieur, ni médecin , ni écrivain (dans leur langue) et encore moins le professeur de leur toute blanche – immaculée chère progéniture »

Il a fallu à Monsieur Diouf un mois pour régler toutes ses affaires françaises sauf une : il a pris la décision de quitter l’Hexagone pour  l’Afrique, pour l’immensité des terres ancestrales et pour sa brousse mais il a pris le parti de ne pas démissionner de l’Education Nationale  pour laisser son poste vacant le temps que ses collègues s’interrogent sur son absence et apprennent que le nègre Diouf,  violemment secoué, bafoué dans sa dignité d’homme par des policiers de l’Arrondissement dont des parents  de ses élèves est définitivement rentré chez lui…Le black continuera à enseigner les mathématiques mais aux petits et jeunes blacks…Les choses rentreront ainsi dans l’ordre. Il aura sûrement, peut-être, affaire à d’autres goujats mais à des goujats comme lui, NOIRS d’ébène et non à ces dindons aux cous roses qui font la roue et se pavanent devant les gallinacés étrangers à la basse-cour.

Déjà du temps où Bihi était là–bas en Métropole, les policiers français n’aiment pas beaucoup les blak et les frisés, le faciès fait le reste.

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