Avec notre chef du gouvernement et ses amis intimes et proches, on aura tout vu. Qui peut soutenir le contraire ? Les intérêts maigres ou gras, les complicités petites ou grandes, discrètes ou avouées, la complaisance sous ses différents oripeaux et déguisements, les coups de force politiques ne se cachent plus pour être et s’affirmer au mépris de tout au point qu’on est tenté de se demander jusqu’où va la suffisance et où s’arrêtera l’arrogance d’un Parti propulsé aux commandes à coup(s) de manœuvres et à la faveur d’une conjoncture politique et, clame-t-on haut et fort, grâce à la générosité des serviteurs qui servent thune, agitent blé et déversent oseille, foi de Abdelilah Benkirane qui vocifère et nombre de ses adeptes. Jusqu’à quelle(s) limite(s) — peut-on raisonnablement se demander–, le silence peut tenir sans être coupable et politiquement, et moralement, et socialement, et humainement condamnable.

Franchement, quelque chose n’a pas fonctionné. Mais quoi ? et à quel niveau ? Comment passer en revue les nouvelles recrues de Akhennouch à l’occasion de ce remaniement ministériel sans se poser des questions !! Certes, les ministères les plus importants n’ont pas été affectés (disons-le comme ça ! en soft words); l’Intérieur, les Affaires Etrangères, les Habous et Affaires islamiques, la Justice gardent leurs hommes; les Finances et le budget demeurent entre de bonnes mains (quatre en tout) qui se donnent la main; la continuité est ainsi assurée et, sans conteste, garantie. Pour de nombreuses nominations, on peut, cependant, croire à une recherche de « nouveaux profils », au souci de ‘’dénicher’’ et rebaptiser de nouvelles compétences pour lubrifier les rouages d’une machine gouvernementale poussive et, éventuellement, assurer une certaine légitimité à rompre avec un passé quoique récent et se dégager de certaines ornières politiques, ‘’revisiter’’ certains dossiers.
Tout ça ne serait pas grave si l’on n’est pas comme de force poussé à relever que jamais gouvernement n’a porté à ce stade, à ce degré de visibilité un air de famille et –partant- à se poser la question cruciale de savoir si le RNI, le parti du chef de gouvernement a vraiment, impunément le droit de placer les siens à des postes aussi sensibles et engageants que la Santé et l’Education, sans tenir compte de ce qu’ils ont toujours et partout représenté en tant que ministères sociaux.

Mohamed Sâad Berrada (MSB) et Amine Tahraoui (AT) ont sûrement ‘’décroché’’ encore jeunes et enthousiastes des diplômes et pas des moins prestigieux, ont eu sûrement le temps de faire leurs preuves et leurs classes, chacun en son domaine mais on ne devient pas ministre « sur décision » comme on prend une mission à l’armée. Il faut au reptile plus d’une mue pour marquer son territoire. On ne s’aventure pas à prendre en charge des ministères aussi lourds et aussi sensibles en exhibant son bulletin scolaire et étalant ses ‘’services’’ de gestionnaire même chevronné. On ne gère pas la Santé ou l’Education comme on gère une boite aussi importante et tentaculaire soit-elle.
AT est financier de formation; il fut banquier d’affaires chez – pignon sur rue- Attijari. C’est donc en cette qualité qu’il a été embauché comme chef de cabinet par Ahkennouch quand il était ministre de l’Agriculture et que, gestionnaire d’une rare qualité, il ‘’s’est établi’’ à des postes stratégiques dans deux entreprises, en l’occurrence, Akwa et Aksal, appartenant au couple Akhennouch (encore lui ou eux) pour être promu en 2012 Directeur Général du groupe Aksal.

AT saura s’occuper de la santé des marocains et socialement protéger les plus pauvres d’entre eux et tous les précaires ; après tout, l’hôpital est une entreprise à bien des égards semblable à toutes les autres ; alors, « on n’est pas aux pièces », attendons voir !
A propos de MSB, qui succède à Chakib Ben Moussa (un des Ponts qui remplace un des Chaussées), il faut d’emblée rappeler que, diplômé des Ponts et Chaussées, il s’est abreuvé à un des meilleurs catéchismes qui font triompher le monde des Affaires ; il est connu d’abord pour avoir fondé Michoc, une entreprise de confiserie avant de s’affirmer comme un acteur majeur du secteur agronomique, connu aussi pour avoir acquis le laboratoire Pharmaprom en partenariat avec son ami Mohamed Bouzoubâa. Ce n’est, par ailleurs, un secret pour personne que MSB a toujours évolué dans la sphère Akhennouch qui sait attirer vers lui les compétences en Affaires et qu’en 2020, il échoue même dans le Conseil d’Administration de Afriquia gaz, entreprise spécialisée dans le gaz de pétrole liquéfié, filiale de Afriquia, elle-même filiale du fameux groupe Akwa dont l’histoire nous fait remonter au patrimoine de Ahmed Oulhaj Akhannouch et de Haj Ahmed Wakrim, deux figures soussies bien connues.

On peut espérer que MSB qui n’a jamais flirté avec l’Education, saura la séduire et non chercher à la dompter et que son expérience dans le monde des Affaires sera mise à profit pour répondre aux défis, aux attentes d’une partenaire de taille. « On n’est pas aux pièces ». Attendons voir.
On peut, néanmoins, craindre que dans les deux cas cités ici une aussi grande proximité en Politique (sic) ou la complicité affirmée en Affaires n’ait infléchi trop lourdement les choix des ministres. Le télescopage donnerait un monstre linguistique : la proxilicité. Or, c’est bien connu, si la politique et l’argent font presque toujours de beaux mariages, ils ne font qu’exceptionnellement de bons ménages.

Tout semble indiquer que les portefeuilles, quand ils ne vont pas en priorité aux politiques, attirent ou happent les diplômés des Grandes Ecoles au renom scellé ; ceux-ci comme ceux-là passent ici et là allègrement d’un ministère à l’autre, de l’Intérieur à l’Education, par exemple (Ne citons pas de nom, ne faisons pas de jaloux !). Mais, tout en ayant les faveurs de la Politique, les Enarques français ne font qu’exceptionnellement violence à leurs formations, compétences et expériences. L’exemple honorera, sans doute, l’ancienne puissance coloniale dont le Président a fini par comprendre qu’il a tout à gagner à conjuguer les intérêts de son pays au mode et au temps (même convenus) de l’histoire et de la légitimité marocaine sur ses provinces du Sud.
La politique ne se nourrit pas que des savoirs techniques, elle sait hélas ! aussi s’adapter, prendre les couleurs des saisons qui passent et dont il faut tirer le meilleur parti.
L’écrivain public (27/10/24)










