Un ministère en détresse
A force d’être assailli de questions d’actu au point de “ne plus savoir où donner de la tête”, on ferme les yeux et on les rouvre sur le réel qui cogne, qui est là menaçant, imperturbable, qui vous tient à la gorge, ce désolant spectacle de ces milliers d’écoliers sacrifiés, victimes des conflits et querelles des adultes, pris entre les lignes de feu d’un ancien- nouveau ministre, commis de l’Etat par expérience ou excellence (au choix) et d’une catégorie d’enseignants, demi- hussards d’un Département déjà bien affecté par les effets successifs de politiques en chaîne et en dérive d’un ministère qui exhibe sans vergogne les apparents stigmates de maladies mal soignées.
« C’est vrai, moi, j’ai rangé les vieux cahiers et les vieilles trousses de mes filles, leurs stylos mâchés, leurs premiers gribouillis, chefs d’œuvre d’innocence et de tendresse, dira Bihi, alors de quoi je me mêle ; à peine, la pâte à modeler durcie par tant d’aléas subis suscite-t-elle encore de temps à autre ce sentiment de nostalgie passager ! »
Les EVC, les enseignants -victimes -contractants continuent une lutte dont on ne compte plus les épisodes ni évalue la durée. Les grèves se multiplient, se durcissent, les affrontements avec les forces de l’Ordre font chaque fois leur lot de victimes ; des dossiers se confectionnent, des procès se montent…
Bihi n’est pas content, devient parfois furieux puis se rappelle que cela ne sert à rien de compter le nombre de grèves des enseignants, de classes désertées d’heures de cours perdues, d’élèves oubliés aux abords des écoles, de parents désemparés, abattus… Les enfants des riches et même des moins riches, eux, ils vont à l’école, suivent normalement leurs cours alors que les leurs, enfants de la relégation sociale, des marges urbaines et de la lointaine ruralité se débarrassent chaque matin depuis des semaines de leurs cartables au seuil des maisons et se perdent dans les dédales des ruelles du quartier, courent la campagne, grimpent aux arbres ou massacrent les oiseaux au lance- pierres.
Avec les retards qui s’accumulent, les lacunes se creusent ; les perspectives des examens nationaux qui menacent, s’obscurcissent. Le ministre se rebiffe, s’obstine, s’entête : pas question de céder aux revendications des Contractuels…Le ministre n’a jamais refusé de discuter, de négocier mais sans condition préalable… Mais il n’y a rien à négocier et les Contractuels rappellent le seul principe qui préside à toute discussion : « Même fonction même rétribution et même avantages afférents » : Un éboueur est un éboueur et un bon attelage est toujours fait des mêmes bêtes de même taille et de force égale… Monsieur le Ministre, vous appartenez bien à un gouvernement, s’il est vrai que vous roulez sans caducée, il n’est pas sûr que vous ayez oublié les engagements pris par deux hommes forts du gouvernement, Akhnouch lui-même et Barakat : Ils avaient bien promis à l’occasion des élections de septembre dernier de satisfaire les Contractuels et d’en finir avec un des héritages des Islamistes au pouvoir, alors Monsieur le Ministre, un peu de bon sens, de clairvoyance, de lucidité ; vous avez la responsabilité d’un ministère qui doit être à l’abri des humeurs et des calculs politiques, des considérations exclusivement financières…Monsieur le Ministre, vous savez très bien que la situation pourrit et que toute eau qui stagne “n’amasse que mousse”, vous savez très bien, vous ne pouvez pas ne pas savoir que la mise en place de cours de rattrapage et de soutien dont vous semblez louer les avantages et dont vous préjugez les effets bénéfiques ne compensera jamais les heures et les cours perdus. Une telle opération ne s’improvise pas et c’est une grossière erreur que de confier la responsabilité pédagogique des classes au premier venu ; une classe c’est une machine dont il faut savoir maîtriser l’usage ; aussi, est-il de l’expérience projetée et parfois déjà initiée comme d’un énorme subterfuge ; c’est, selon une expression bien appropriée, « cautère sur jambe de bois » ou “une touche de l’huile de cade sur une rebelle mauvaise teigne”. Monsieur le Ministre, vous êtes en train de marquer l’histoire de l’enseignement ; votre empreinte risque d’y être inscrite aux couleurs de l’échec, alors laissez aux autres cette responsabilité du vide et du chaos ou répondez positivement à la revendication légitime des EVC : INTEGREZ-LES A LE FONCTION PUBLIQUE.
Monsieur le Ministre, n’écoutez pas Bihi, cet idéaliste qui ne comprend rien à la politique et fonctionne à .l’instinct comme un animal…politique.
Bihi, Meknès, le 21/04/22











