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En ordre dispersé

[ALLNEWS]23 يونيو 2025
En ordre dispersé

Il est grand temps que tous les militants amazighes se regroupent pour organiser et imposer un débat sur la création d’un parti politique amazighe indépendant ou autonome dont la vocation première sera de défendre en priorité le droit à l’expression d’une identité nationale fondée sur la langue et la culture amazighes et de militer pour réaliser les conditions de leurs préservation et développement. Nombreux sont ceux qui appellent de leurs vœux un tel moment !

C’est, du moins, l’idée qui depuis longtemps déjà semble se frayer son chemin dans les milieux militants amazighes pour aboutir à la tentative avortée du regretté Ahmed Dgharni de fonder un parti à référentiel amazighe, le PDAM (le Parti Démocratique Amazighe), jugé illégal en 2007 par le Ministère de l’Intérieur marocain avant d’être dissous l’année suivante au terme d’une procédure judiciaire.

Aujourd’hui, des reculs, des échecs, des déceptions, d’indéracinables inerties, certains éhontés reniements caractérisent une politique amazighe officielle indécise et chaotique, sans perspectives réellement claires car comme engluée par une idéologie dont les instances politiques responsables ne parviennent pas à se départir. Les réponses politiques aux questions posées par les militants et chercheurs amazighes restent conjoncturelles, improvisées, partielles et ‘’parcellaires’’.

Devant une telle situation et face à une telle évaluation ou diagnostic qui (dé)montrent que rien ne semble assurer réellement l’avenir escompté pour la langue et la culture amazighe, garantir sûrement leur insertion à tous les niveaux de la vie sociale et politique, les militants amazighes sont partagés. Les discours officiels chaque fois battus en brèche, les promesses déçues et les enthousiasmes brisés des premiers jours suscitent des interrogations qui se font de plus en plus précises sur l’avenir de l’amazighité. Les textes de lois ne produisent pas d’effet, ne conduisent pas aux faits attendus. D’aucuns défendent l’idée que, l’amazighité étant une question nationale et donc concernant tous les marocains (sans exception), les militants et activistes amazighes doivent naturellement rejoindre les partis politiques existants pour y porter la contradiction et imposer le débat amazighe. L’argument, faut-il en douter, est éminemment politique, développé, par ex., par le n° 1  de Agraw pour l’ Amazighité, la « tendance » (ou « courant)  amazighe initiée, créée, abritée par le PAM, le 2ième parti de la Majorité au pouvoir. L’autre parti, celui du chef du gouvernement  a, lui aussi, su recruter ses imazighen de service ; Akhenouch de son nom a même fait ɶuvre de création en nommant à ses côtés une Conseillère à l’Amazighité et pas n’importe laquelle, militante aguerrie et éditorialiste confirmée d’un journal réputé amazighe le sien.

D’autres militants amazighes sont, en revanche, acquis à l’idée que l’on ne peut rien espérer des partis politiques–pignon-sur-rue et soutiennent mordicus l’idée de la constitution d’un parti politique démocratique et libre de toute allégeance idéologique apprêtée, la seule option possible pour organiser une défense et illustration de la langue amazighe et ɶuvrer à une revalorisation de l’ensemble de la culture qu’elle véhicule; mais, les promoteurs de cette idée ne sont pas de ‘’gros naïfs’’, dépourvus de culture politique, ils sont tout à fait conscients que l’engagement culturel ne peut avoir de sens politique qu’intégré au combat pour la démocratie, les libertés fondamentales de réunion et d’expression, la justice sociale, l’égalité des chances, la fin des privilèges et des discriminations fondées sur la naissance, la fortune, la géographie, pour la promotion d’un Maroc resté inutile, marginalisé et parfois oublié.

En dépit de cette orientation politique générale, ils doivent (hélas !) soit militer pour une abrogation de la loi qui préside à la création des partis politiques au Royaume, laquelle loi interdit que soit constitué un parti politique sur des bases régionales, religieuses ou ethniques (identitaires, linguistiques /culturelles), soit trouver le moyen juridique de contourner la loi ; ce qui est pour cette alternative quasi impossible, toute initiative émanant des milieux associatifs ou militants amazighes  est  d’emblée suspectée et suspecte. L’Intérieur veille au grain et des grains, le moulin juridique ne mout que ce qu’ON lui livre.

Triste, un peu amer mais sans être nostalgique,  parfois désespéré sans jamais être tout à fait abattu, Bihi sait en vieux routier ‘’ faire dans la mesure’’, n’encourage pas à se hasarder à s’engouffrer dans des voies politiques incertaines de peur qu’on s’enlisât dans une de ces ornières dont les pouvoirs, seuls, ont le secret. Il se rappelle que, au moins, deux militants (aujourd’hui disparus) de l’AMREC (l’une des associations signataires de la  Charte d’Agadir relative aux droits linguistiques et culturels amazighes; Août 1991) avaient, déjà à l’époque, soulevé dans ‘’les travées’’ et le secret des coulisses, la nécessité d’un « appui politique » (Moussanada siyyassiyya) pour réaliser les conditions d’une « élaboration d’une politique linguistique et culturelle démocratique fondée sur la reconnaissance et le respect des droites linguistiques et culturels légitimes de l’ensemble des composantes du peuple marocain » (cf. Charte, V. Perspectives de l’action culturelle amazighe, p. 5 ).

Trois décennies (34 ans) après, de l’idée d’un « soutien politique » à la question d’un parti politique amazighe indépendant, les positions ne semblent pas avoir beaucoup évolué pour une raison fondamentale : Une ligne de démarcation idéologique traverse « le mouvement culturel amazighe » et distingue parmi les militants ceux qui refusent et ceux qui acceptent la prise en charge de leurs revendications par les instances du pouvoir et les organes de décision officiels. Aux « radicaux idéalistes irréductibles », dits aussi « gauchistes de l’extrême », « incongrus avatars d’une espèce en voie d’extinction, selon une nomenclature restée en vigueur s’opposent les « pragmatiques réalistes », ex-sympathisants convertis d’une certaine gauche, opportunistes de droite, des identitaires ‘’séduits’’, longtemps frustrés. Faut-il le reconnaître, à ce stade de l’histoire, les uns comme les autres sont hors du jeu politique !!

 L’analyse conduit donc plus loin,  des principes             aux réalités. : Au royaume, l’amazighe ne se porte pas bien et les perspectives restent sombres. Un vraie politique amazighe officielle n’existe pas dont découleraient la résolution de toutes les questions techniques et la gestion directe d’un projet qui viserait réellement la revitalisation d’une langue et la promotion de toute une culture.

On ne le répétera jamais assez : —Aux questions politiques, il faut trouver des solutions politiques…Pour continuer à parler sa langue, à perpétuer,  reproduire et enrichir sa culture, à préserver son identité, des conditions sociales, économiques favorables, un environnement politique démocratique assumé sont indispensables. Sorti de cette ligne, tout n’est qu’agitation ou accommodation…On ne badine pas avec ceux qui détiennent le pouvoir politique… ni batifoler à leur conter fleurette. Foi d’animal politique !!

L’écrivain public.

 

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