Ce n’est pas du titre d’une fable qu’il s’agit mais de tout autre chose.
On peut avoir l’insulte sur la langue, l’injure facile, toute prête à gicler comme on a le doigt sur la gâchette ; c’est le cas de la moyenne des Marocains dont la citoyenneté, ses codes, ses convenances et conventions semblent s’être effrités, effilochés au contact d’un environnement social orphelin de ses traditions, d’un climat politique violent qui, tous deux, génèrent toutes sortes de frustrations, d’humiliations, d’injustices tues et mal supportées, d’inégalités visibles et faussement banalisées. L’atmosphère sociale connaît ses réchauffements qui, de temps en temps et de plus en plus souvent, produisent leurs propres canicules, leurs colères qu’il faut se garder de prendre toutes et indistinctement pour individuelles ou subjectives ; elles sont plutôt à regarder comme sociales et objectives. Sinon, on ne s’insulterait pas aussi souvent et presque aussi violemment ; on ne s’enflammerait pas aussi facilement. Au moindre accroc, pour des raisons parfois banales et sans effet, les Marocains ont tendance à s’accrocher, s’invectiver, s’empoigner et surtout échanger les pires insultes, toujours les mêmes, celles qui mettent les MERES à l’honneur, celles qui maudissent des MERES : — le V… d’abord, la Religion ensuite, – finissent par en faire de sordides catins ou putains et – pour les rabaisser encore davantage : on les nique ou baise, ultime abjection et irréparable humiliation.

Les insultes paraissent bien épargner les PERES ; seuls représentants d’une lignée, héritiers d’un nom, d’un pouvoir parfois à peine symbolique, ils s’entendent maudire leurs ancêtres, jusqu’au dernier de leurs ancêtres, jusqu’à un célèbre ou obscur éponyme.
Pauvre religion que l’Islam que les musulmans maudissent du matin au soir à tout bout de champ, sans gêne et sans honte. A travers elle, on accable les MERES comparativement plus que les PERES. Sûrement moins pour leur statut social, moins par respect pour l’organe et la biologie qu’en vertu d’une perception culturelle bien ancrée dans les esprits. Mais, les PERES qui n’ont pas droit à ‘’un nom d’oiseau’’ prennent très souvent l’habit d’un animal fort sympathique et souffre-douleur, d’un âne, de celui pour qui J. et J. Tharaud ont eu cette célèbre attention : « Si j’étais riche marocain, j’achèterais un âne qui ne ferait rien ».
Les Marocains, arrogants pour les uns, les plus nantis, plus influents, mieux protégés, frustrés pour tous les autres, s’affrontent dans la rue et s’insultent sans limites. Si les premiers ont des recours, des appuis auxquels ils font appel en cas d’altercation, les seconds n’ont que leurs nerfs pour réagir à ce qu’ils perçoivent et vivent comme une injustice, une atteinte à leur dignité.

Bihi a vu un marchand ambulant cracher sur une grosse voiture aux vitres fumées qui a failli le renverser. Il a vu la voiture partir en trombe, l’homme s’asseoir au bord de la chaussée et pleurer en silence. Il a craché pour exprimer sa colère, ultime exutoire pour un homme humilié et il pleure parce qu’il se voit déjà embarqué sans sa marchandise par les policiers : « Quelle que soit la situation, on ne crache pas sur une Porsche !».
Il existe au Pays une formule (magique) qui sans être exceptionnelle reste spécifique ; on la rencontre certes sous d’autres vocables sous d’autres régimes et latitudes mais là, elle est bien marquée culturellement : « lli ma 3end-u sid-u 3end-u lalla-h » qui littéralement dit : ‘’Celui qui n’a pas un maître a une maîtresse’’. La hiérarchie des sexes étant respectée, elle signifie que tout citoyen peut prétendre pouvoir au besoin et à son avantage, en cas de litige ou d’altercation, faire intervenir, à défaut d’un homme (un parent, un ami de la famille) ‘’haut placé’’, une femme bien établie à un poste de pouvoir. Chaque citoyen peut s’enorgueillir d’avoir un appui dans les rouages administratifs qui peut l’aider à se tirer d’affaire. Du reste, il fut un temps où l’on voyait un-pris–en -défaut tendre à l’agent son portable pour lui passer une connaissance, un supérieur, une couverture.

Qu’est-ce que nombre de conducteurs Marocains n’aiment pas beaucoup ou supportent mal et qui les conduit à tant de transgressions et d’accrochages : Les interdits ; les feux rouges ; les passages à piétons ; la priorité à droite ; la limitation de vitesse ; les arrêts obligatoires. Là où ils peuvent échapper à la vigilance des agents de la circulation, ils aiment plutôt conduire en toute liberté et s’envoyer au premier accroc toutes sortes d’insultes.
Si n’importe qui peut conduire n’importe qui ne peut prétendre s’assujettir aux obligations d’une conduite citoyenne.
L’écrivain public









