A la minute même où ton cœur s’égaie , où tu baignes, heureux, dans la chaleur d’une intimité close ou dans les bruits d’une joie anonyme, à cette minute même, des hommes tombent, criblés de balles, la mâchoire brisée, la face délabrée…A cette minute même, des femmes égarées dans un tourbillon de feu et de sang s’accrochent aux haillons d’enfants emportés par la tempête, voient mourir leur dernier regard, des cris s’élèvent sans écho vers le ciel vide, étouffés dans un dernier effort
Au moment même où tu te sens seul, à l’abri, des milliers de mains meurtries se tendent pour t’atteindre, des milliers de veines éclatent et t’éclaboussent…Au moment même où tu te sens seul, écoute résonner au fond de toi-même, en échos retentissants et lugubres des voix désespérées qui t’appellent, écoute, tu entendras le pas pesant et lourd de l’histoire qui piétine les cœurs des martyrs, qui forge le destin de ceux dans la tête baignée dans le sang et couverte de fange portent encore tout le malheur du monde
Octobre-1969-Casablanca
Palestine, tu es notre honte à tous, notre demeure piétinée, notre mémoire souillée, la preuve vivante de notre incapacité, le rêve assassiné, le dernier poème arabe jamais achevé… Palestine ! Jusqu’à quand pleurera-t-on, sur tes ruines? D’année en année, d’une saison à l’autre, nos cœurs en jachère geignent, se recroquevillent sous les affres de la sécheresse
Palestine, le Monde t’abandonne, te sacrifie; la Justice, le Droit plient et se rompent sous le poids de convoitises et d’intérêts bassement matériels, sous l’excitation de sentiments de domination, l’impulsion d’un désir irrépressible d’hégémonie…Les élites courtisées cogitent, planifient, décident; les peuples, même quand ils sont libres, n’ont pas d’armes ; ils n’ont que leurs voix; les intellectuels, ceux qui prétendent mieux comprendre, plus enclins à analyser ont perdu en même temps que leur langue… liée, leur rhétorique… racornie, asséchée
Palestine, même piétinée aujourd’hui, trahie aujourd’hui, sacrifiée aujourd’hui, tu continueras de vivre sur tes terres ou c’est l’histoire de toute l’humanité, l’héritage de tant de siècles de civilisation qui s’écrouleront demain, tu t’obstineras à vivre par vocation , par nécessité, pour l’histoire, la justice et le droit, contre la seule force des armes, la haine des fanatiques religieux hébreux, la houle de leurs pourvoyeurs américains et les vagues de leurs soutiens occidentaux
54 après : Novembre- 2023- Meknès
L’écrivain public Bihi







