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? Tu dis quoi ?… Le CNDH

[TOUTES LES ACTUALITÉS]26 مايو 2022
? Tu dis quoi ?… Le CNDH

(Bihi s’interroge)

Le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) a adressé récemment (cf. Hespress : Vend. 13/05/2022, CR de N. Ikjane)  à Sa Majesté le roi Mohamed VI son rapport 2021 ;  il y est explicitement fait mention d’une requête qui risque de surprendre le dernier des observateurs avertis , celui au fait de la situation politique générale du Maroc, témoin du respect à peine relatif et fort contraint des libertés fondamentales dont celle de manifester, celui bien renseigné sur la gestion caractérisée des manifestations par les forces de l’Ordre.

 Il est demandé au Roi d’intervenir pour appeler les Forces de l’Ordre à plus de retenue (de discernement et de perspicacité) et de veiller à soumettre tout dépassement ou bavure, tout préjudice porté à un manifestant(e) au contrôle,  à l’appréciation et au verdict de la Justice.

Le droit pour de nombreux/ses citoyen(ne)s de diverses catégories sociales ou professionnelles à manifester, à exprimer librement leurs revendications et faire entendre leurs voix se heurte régulièrement aux impératifs de l’Ordre Public et aux restrictions dictées par la  Loi …De mauvaises habitudes se sont installées et, avec elles, se sont trouvés banalisés voire ritualisés certains comportements violents et parfois inqualifiables dont sont victimes les manifestant(e)s souvent contraint(e)s  à réagir et à se défendre. Ce qui explique mais ne justifie pas les poursuites de nombreux d’entre eux /elles pour « humiliation des représentants de l’Ordre, pour coups et blessures portés aux Agents publics et pour transgression de l’Etat d’urgence » ; l’éventail des griefs est hissé comme un vrai filet pour mésanges. Quand on a le mauvais rôle, on s’attend à tous les sorts et celui d’être jugé et sévèrement condamné n’est jamais exclu.

Il n’est, bien entendu, accordé ni reconnu à aucun syndicat, association, parti politique, instigateur d’un mouvement social organisé le droit de troubler l’ordre public, de quelque manière que ce soit, et corrélativement, rien ne doit autoriser les forces de maintien de l’ordre à agir librement c’est-à-dire sans craindre de bousculer sans retenue des manifestants sans défense , les empoigner avec force, les bassement humilier, traîner et piétiner, donner des coups de pieds à “tiens le voici et tiens le voilà”, en somme, à “casser du manifestant”; rien ne justifie de disperser dans et par la violence des citoyens et citoyennes qui ont quelque chose à dire tant que certaines limites ne sont pas dépassées…En effet, tout est question de limites et d’équilibre car du droit ou du refus de manifester, l’on peut toujours et longuement continuer à discuter, cela fait et fera toujours partie du débat démocratique et seul, ce droit au débat libre peut créer les conditions d’un partage des pouvoirs qui ne peut faire l’économie d’un affrontement autour de la liberté d’expression, la mère, la source de toutes les libertés. Celle-ci – ne vous évertuez pas à démentir ou contredire—n’est jamais chez nous au beau fixe !

Rappelons que le CNDH, institution pluraliste et indépendante, crée en Mars 2011 pour succéder au Conseil Consultatif des droits de l’Homme (CCDH) a pour mission de s’informer et d’informer sur toutes les questions relatives à la défense et à la protection  des droits et des libertés des citoyens et citoyennes marocain(e)s dans le strict respect des référentiels universels mais aussi nationaux (sic)  en la matière. Il est présidé par un homme ou une femme (en l’occurrence, A. Bouayach) choisi(e) par le Roi qui nomme, par ailleurs, directement  pour 04 ans 08 membres du Conseil, décide des nominations de 11 membres proposés par les Associations  des Droits de l’Homme de la société civile et de 04 autres proposés par le Président du Parlement (cf. Dahir 1.11.159).

Le Conseil est ainsi présenté comme une instance de vigilance, théoriquement prête à réagir chaque fois que des preuves sont établies d’une atteinte aux libertés individuelles ou collectives, d’une menace pesant sur les droits fondamentaux des citoyens. Mais dans les faits, concrètement, il serait vain et déplacé de lui demander de dénoncer sans détour et sans rhétorique certaines pratiques, d’incriminer sans ambages certains dépassements observés lors des manifestations…On ferait preuve de vanité ou de candeur à chercher à convaincre, à un autre niveau, ce maître-ministère de tutelle d’initier et asseoir une formation des policiers et de tous les agents chargés d’assurer l’Ordre, qui serait fondée sur le respect des droits des citoyens, interdirait explicitement et condamnerait sans appel tout acte de violence avérée, toute forme de traitement de quelque manière préjudiciable, dirigés contre les manifestants.

 Le Conseil n’aurait-il de latitude que pour établir périodiquement un état des lieux des droits des citoyens marocains à dire et à agir en toute liberté et responsabilité et pour, au mieux, “auditer” avec plus au moins de bonheur, pour objectivement et froidement informer ? Ce qui serait en la matière une prouesse,  un tour de force politique particulièrement pour d’anciens militants au passé douloureux…. et ne saurait manquer d’être aussi frustrant qu’insoutenable pour tous/toutes les amoureux/ses de la démocratie, des  défenseur(e)s des libertés de s’exprimer, de se réunir et de manifester.

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