A Ghazza, les tourterelles se sont tues,
On ne les entend plus comme jadis roucouler;
Les pigeons ont migré vers des cieux plus sereins,
Les moineaux s’ébrouent dans la poussière, le bec brisé.
Et les chats, les chiens égarés errent de ruines en ruines,
Les flancs creusés, les pattes chancelantes, les yeux éteints….
Et de pauvres hères, des gueux, des haillons, des balluchons
Comme des fantômes vont et viennent, le ventre creux,
La bouche sèche, des ombres qui s’accrochent à la vie,
Netanyahu exulte, Trump multiplie ses moues, défie le Monde,
Crache sur les barbes, pisse sur de majestueuses demeures…
A Ghazza, on pense déjà à la solution finale;
Mais, ailleurs, on chante, on danse, on s’empiffre
Et s’enivre avec la vile meute des riches impuissants.
Ghazza d’abord. Pourquoi ? Parce que Ghazza, l’exigüe « bande de Ghazza » est entrée de plain-pied dans l’Histoire de l’Humanité, témoigne chaque jour, chaque nuit de la faillite, de l’agonie d’un monde qui inexorablement décline. Un génocide y est toujours en cours (au moment où l’on gribouille et cherche ses mots), sous des formes expérimentales, non encore éprouvées et des plans inédits, imaginés et mis en place par l’Etat sioniste et ses armées, mené tambour battant et la baïonnette en avant, avec le soutien inconditionnel politique et militaire du nouvel hôte de la Maison Blanche, la bénédiction de l’Evangiliste « élu désigné par l’Eternel » qui n’hésite pas à utiliser sa hotline avec le Ciel , ‘’le miraculé’’ de Pennsylvanie, le privilégié protégé du Christ. De l’autre, du sinistre Netanyahu, il n’a y plus rien à dire ou à ajouter : Les Palestiniens ? Un peuple, des territoires, un pays, une religion, une culture, toute une histoire commune et partagée ? Des mirages et du rêve, que dit-on, un gigantesque abyssal phantasme ! Eradiquer, (pour)chasser, déporter vider, balayer, exiler, annihiler ; dans l’ordre ou le désordre, le les mots coulent de la même source et vont au caniveau.
Mais le plus grave, le tout incompréhensible et l’inconcevable- inimaginable il y a encore peu, c’est-à-dire, à peine quelques mois, c’est cette discordance, ce hiatus entre les faits et ce qu’on en présente, ce qu’on en montre, ce que l’on en dit. Les points de vue idéologiques, les calculs politiques, les impératifs économiques, les alliances géopolitiques s’entrecroisent, cherchent et trouvent leurs mots prêts à porter, un lexique sur mesure, leur triste grammaire et leur catin de rhétorique ; les journalistes parlent d’éléments de langage qu’ils se complaisent à repérer chez leurs invités des plateaux triés pourtant sur le volet (toujours les mêmes, jamais en congé de maladie) et qu’ils feignent dénoncer alors qu’en réalité, ils consacrent en les suscitant et que parfois ouvertement reconduisent avec une légère moue et un sens aigu de la chute.

Macron comme ses coreligionnaires européens ne s’aventurent pas à user du mot « génocide » même en privé ou en a parte mais, ils n’hésitent pas, une fois acculés et submergées d’images et de témoignages d’une atrocité caractérisée comme confinant à l’extrême, à énoncer des mots de sens absolu tels que « massacres, ravages, destruction massive, bombardements aveugles », tous lexèmes qui cherchent à contourner la réalité aveuglante, à déjouer –en les justifiant– les preuves d’un acharnement d’une armée suréquipée sur une population civile égarée, sans défense, affamée, assoiffée, nomade et exilée dans son propre pays. « Un crime de guerre », « un génocide » c’est du sérieux, du grave, on ne joue pas avec les mots qui brûlent la langue, mettent le feu à la demeure étatique genre Elysée. En sa qualité de président de la Grande République française, celle des siècles passés et lointains qui désertent les manuels scolaires, Macron, par exemple, se fait un devoir de ne pas entraîner son pays dans une dérive politique, se retranche derrière un droit de réserve pour ne pas « « appeler un chat un chat » Le chat admettrait -il- d’être périphrasé en ‘’mignon petit félin domestique’’ ? : L’entreprise armée israélienne menée à Ghazza ‘’s’apparente’’ à un massacre, revêt toutes les formes d’une destruction systématique qui vise à effacer tout signe de vie humaine à la surface d’une terre labourée, rasée où des milliers de civils sont toujours assiégés, condamnés à affronter les pires conditions d’existence que l’entendement humain, le regard humain puissent seulement imaginer, se représenter, supporter et la conscience admettre sans définitivement désespérer de l’avenir du Monde, d’un monde où la puissance d’armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières, où les progrès de la Science n’augurent, peu s’en faut, de rien de positivement régulé, maîtrisé par l’intelligence humaine philosophique, ses principes et modes de pensée et non par cette autre intelligence de type technologique, capable de générer un mieux –être comme de produire le pire.

A Ghazza, les enfants meurent de faim, des milliers d’hommes et de femmes affamés et assoiffés sont réduits à l’état animal, condamnés à manger comme des chiens errants, contraints à ne plus écouter que cet instinct de vie et de conservation qui enivre et aveugle ; on se bouscule, on s’écrase, on se piétine, on se mord pour manger et pour sauver les siens d’une mort certaine. Chacun sa gamelle quand Dieu a déserté la Terre de Palestine et assombrit le Ciel : ‘’Si Dieu vous assure le victoire / Quand Dieu veut votre triomphe, vous devenez invincibles/ personne ne peut vous vaincre’’
A Ghazza, Natanyahu et on cabinet de guerre, Trump et ses acolytes ont pris le parti d’affamer, d’assoiffer les Palestiniens, de les réduire à une meute de bêtes où le règne animal retrouve ses droits. Ils ont décidé d’assiéger Ghazza, de la priver de toute aide humanitaire extérieure pour pousser ses habitants à s’exiler dans les pays voisins. Durant des semaines entières, des mois, ils ont résisté en vivant sur leurs très pauvres réserves puis les choses se sont vite dégradées et de seuil en seuil, de crise en crise et de crise en urgence, on débouche sur l’intolérable…On n’a jamais vu ça, les conditions d’une extermination collective, d’un nettoyage ethnique (Chut ! génocide ?) sont toutes là …Et le Monde continue à chanter, danser, tourner, même tout près d’un cimetière géant où l’on enterre par dizaines chaque jour des enfants, des vieillards tombés soit sous les bombes d’une aviation israélienne aussi obstinée qu’aveugle, soit sous les balles d’agents armés au statut indéterminé à proximité des lieux de ralliement pour distribution des aides alimentaires

Natanyahu et Trump ont trouvé la parade des ‘’débiles heureux’’ parce que puissants : Comme on ne peut pas continuer indéfiniment à enfermer, assiéger les Palestiniens, que l’on juge opportun de ‘’faire un geste’’ et de créer diversion en direction d’une opinion internationale en ébullition, on se résout à organiser, encadrer l’aide alimentaire destinée à Ghazza. Une façon directe de contrôler l’aide humanitaire, ses produits, ses sources, son volume et veiller à sa distribution en utilisant la logistique nécessaire qui n’exclut pas de tirer sur le premier lièvre qui sort d’un terrier douteux ou plus banalement sur quelque vieille ou quelque enfant qui se hasarde à empiéter sur les lignes.
Quelle triste histoire qui va nous poursuivre tous, nous rattraper un jour… quand (hélas !) il sera trop tard. Croyez-moi, nous mourrons bien un jour, enveloppés dans un linceul imprimé au nom de Ghazza.
L’écrivain public.










